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Olivier Jean-Baptiste (OMH): “Nous aurions pu baisser de 500 ariary les prix à la pompe”

Le Directeur général de l'Office malgache des hydrocarbures, Olivier Jean Baptiste, a bien voulu jouer la carte de la transparence. Le point sur la situation actuelle du secteur pétrolier aval.

Pour commencer, comment s’est présenté le marché pétrolier de la Grande île ces trois derniers mois?

Nous avons constaté une baisse du marché des carburants, qui est liée à la crise sanitaire et aux mesures de confinement qui ont été prises. Au mois d’avril, par exemple, une chute de 38% (par rapport à la même période de l’année dernière) de la consommation nationale en carburant a été enregistrée. Cette baisse était de 33% au mois de mai et de 18% au mois de juin. Et puisque nous entrons dans un confinement plus sévère, il est fort probable qu’il y aura une baisse encore significative pour ce mois de juillet.

Cette crise se présente pourtant comme une opportunité, notamment pour baisser les prix des carburants et alléger les consommateurs. L’avons-nous saisi?

Il est vrai que depuis la crise sanitaire, les cours à l’international ont baissé, et c’est principalement dû à une baisse de la demande des produits pétroliers. Le prix du Brent était en dessous de 20 dollars le baril. Les pays producteurs ont donc décidé depuis le 1er mai de réduire la production du pétrole brut pour stabiliser et faire monter les cours. C’est une restriction de production qui est encore en vigueur au niveau de l’OPEP+. Actuellement, le brut est déjà aux alentours de 42 et 43 dollars le baril.

En tout cas, cette évolution des cours internationaux était en notre faveur, puisque l’écart entre les prix de référence et ceux appliqués à la pompe était en moyenne de 500 ariary au mois de juin. Il est cependant à souligner que cet écart varie tous les mois et ne sont pas les mêmes pour les trois produits, à savoir le pétrole lampant, l’essence et le gasoil.

Pourquoi les prix n’ont donc pas été ajustés?

Les prix à la pompe n’ont pas bougé depuis le mois de juin de l’année dernière. Or, il faut bien préciser que les cours internationaux, notamment pour le second semestre de 2019, ont subi une hausse et l’ariary avait également perdu de sa valeur. Les prix des produits pétroliers auraient donc dû monter mais le pouvoir public a pris la décision de les maintenir. Du mois de septembre 2019 au mois de janvier 2020, une hausse de 300 à 400 ariary aurait dû être appliquée.

Ce statu quo a entraîné des arriérés vis à vis des pétroliers. Le passif était à 172 milliards d’ariary au mois de décembre de l’année dernière et à 110 milliards d’ariary à la fin du mois de juin de cette année.

Donc nous ne pouvons pas pour le moment appliquer une baisse de prix. L’État a choisi de maintenir ceux appliqués depuis un an maintenant, déjà par prudence, étant donné que les cours internationaux enregistrent de nouveau une tendance haussière. Nous avons également ces arriérés des pétroliers (généré par le gel des prix), à régler. Une baisse de 500 ariary avait été possible s’il n’y avait pas eu les contraintes avec les arriérés des pétroliers. Ceci dit, des hausses auraient également dû être appliquées au moment où les cours étaient en hausse. Mais comme nous le constatons, les prix étaient maintenus.

L’État ne peut-il pas se libérer de ces contraintes liées aux arriérés des pétroliers ?

Le règlement des arriérés des pétroliers ne consiste pas à un mouvement de flux d’argents car cette opération n’est pas inscrite sur une ligne budgétaire. Puisque les prix ne bougent pas, les pétroliers apurent eux-mêmes les arriérés. C’est la différence entre les prix de référence et ceux appliqués à la pompe qui permet donc de faire l’apurement. Cet écart est à multiplier avec le volume des produits vendus. Nous nous basons sur les déclarations des ventes des stations services, que nous vérifions au niveau des dépôts pétroliers chaque mois.

Le temps que prendra le règlement de ces arriérés dépendra ainsi de cet écart de prix et du volume des produits vendus. Nous espérons que ces passifs seront apurés au mois d’octobre et nous pouvons ainsi revenir à l’application de la vérité des prix, selon le système prévu par les textes en vigueur.

Nous avons TOTSA comme importateur unique mais son contrat ne tardera pas à prendre fin. Quelle sera la suite des opérations d’importation ?

Les compagnies importaient auparavant avec des fournisseurs attitrés, qui étaient généralement leur maison-mère. La différence avec la mesure de l’année dernière c’est qu’elles ont eu TOTSA comme fournisseur unique. Ce qui a permis un effet en volume et une économie d’échelle. Le Groupement des pétroliers de Madagascar (GPM) a lancé un nouvel appel d’offres et nous attendons les résultats.

 

 

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